Artemisia Gentileschi

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Autoportrait - Martyre féminin
vers 1615
Huile sur toile 32 x 25 cm

Un des thèmes récurant dans la peinture religieuse est l'histoire de Judith tuant Holopherne. Quand on compare les représentations de ce passage biblique on constate une très grande différence de ton, non seulement entre Artemisia et ses collègues masculins, mais également entre elle et les autres femmes peintres contemporaines.

Artemisia Gentileschi consacre cinq tableaux à cette histoire. Quand on compare ses deux Judith décapitant Holopherne avec celle du Caravage, dont elle s'est inspirée, on remarque tout de suite la différence. La Judith du Caravage est frêle et effrayée. Elle se tient le plus loin possible d'Holopherne qu'elle ne tient que par les cheveux, comme si elle voulait éviter à tout prix que sa robe soit tachée par le sang qui coule d'ailleurs dans l'autre sens. Elle a une expression de dégoût, apparemment elle commet son acte malgré elle. La vieille servante paraît plus déterminée que Judith, les mâchoires serrées, les yeux écarquillés, elle tient anxieusement le sac dans lequel elles espèrent mettre la tête de l'assyrien. Le général essaie de se relever et regarde dans la direction des deux femmes. Le Caravage représente une Judith passive et craintive, conformément à l'idée que l'on se faisait de la femme.

Quel contraste avec le personnage représenté par Gentileschi. Ici on voit une femme forte et courageuse, découpant la tête de l'homme comme un boucher découpe un porc. Son expression est calme et déterminée. Contrairement à la servante peinte par le Caravage, celle peinte par Gentileschi est plus jeune et se tient à côté et non derrière Judith. Elle participe activement et aide sa maîtresse en tenant le général des deux mains. Celui-ci a l'air plutôt surpris et effrayé et tente mollement de repousser la servante. Les deux autres tableaux représentant la suite de l'histoire montrent ,de façon tout aussi théâtrale, des femmes déterminées et complices.

Lavina Fontana s'est, elle aussi, mesurée au sujet et nous en propose une interprétation totalement différente. Elle met l'accent sur l'aspect sacré du geste héroïque et sur le mysticisme de la protagoniste qui lève les yeux vers le ciel. La tête d'Holopherne est sans relief et ressemble à un masque. Quelques années plus tard elle représente Judith comme une aristocrate élégante mais peu expressive. Une autre artiste a peint cette scène : Fede Galizia. Elle s'attarde plus sur la richesse des étoffes que sur l'action ou les états d'âme des protagonistes. Nous sommes loin des femmes de chair et de sang qu'Artemisia peint.

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Judith décapitant Holopherne
1618-1620
Galleria degli Uffizi, Florence

 

Judith et sa servante
1625 - 1627
The Detroit Institute of Arts

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Judith et sa servante
1613-1614
Galleria Palatina, Palazzo Pitti, Florence

Dans la Bible, Judith est une jeune veuve, son mari est mort d’une insolation au cours des moissons. Toute à son deuil, elle ne se vêt plus que d’un sac. Mais sa ville – Béthulie, dont on n’a pas retrouvé trace – est assiégée par les Assyriens. Judith, et c’est elle seule qui en prend l’initiative, décide d’aller tuer leur général, Holopherne, pour sauver le peuple juif. Elle se parfume, se pare de vêtements de fête et de bijoux puis se rend avec sa servante au camp des Assyriens. Elle propose à Holopherne de l’aider. Celui-ci est fasciné par sa beauté et son intelligence. Pendant trois jours, des festins se succèdent. La quatrième nuit, Holopherne l’invite dans sa tente pour la séduire. Mais Judith incite Holopherne à boire et celui-ci tombe ivre mort sur son lit. Alors Judith s'empare de son cimeterre et le décapite

Lien : La Bible de Jerusalem : Judith

  Judith décapitant Holopherne
1612-1613
Museo di Capodimonte, Naples
 
       
         
 
  Le Caravage
1612-1613
Museo di Capodimonte, Naples
  Lavina Fontana
1600
Musea Daria Bargellini - Bologne
 
  Fede Galizia
1596
State Art Museum of Florida