Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle

1930 - 2002

La vie et l'oeuvre de Niki de Saint Phalle sont liées de façon quasi indissoluble comme chez peu d'artistes de sa génération.

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle naît le 29 octobre à Neuilly-sur-Seine sous le signe du scorpion ascendant scorpion. Son père, propriétaire, avec ses sept frères, de la banque familiale, était devenu en 1927 directeur de la filiale new-yorkaise. Mais suite au crash boursier il avait perdu toute sa fortune en 1930. Marie-Agnès et son frère John sont envoyés chez les grands-parents paternels en France où ils passeront les trois années suivantes.
En 1933 Marie-Agnès rejoint ses parents à Greenwich, dans le Connecticut. Elle passe régulièrement les mois d'été en France au château de Filerval, propriété de son grand-père maternel.
En 1937 sa famille s'installe dans un appartement à New York, et Marie-Agnès est envoyée à l'école religieuse du Sacré-Coeur, d'où elle sera renvoyée en 1941. On l'envoie dans le New Jersey chez ses grands parents qui ont quitté la France à cause de la guerre. Un an plus tard Niki revient vivre chez ses parents, qui l'inscrivent à la Brearly School à New York. Elle lit Edgar Allan Poe, Shakespeare et les tragédies grecques. Elle participe aux représentations théâtrales de l'école et écrit ses premières pièces et poèmes.
En 1941, quand elle a onze ans elle est violé par son père, un lourd secret qu'elle ne révèlera qu'en 1994 en publiant le livre Mon secret.
En 1944 Niki peint en rouge vif les feuilles de vigne qui couvrent pudiquement les statues grecques de l'école. La directrice décide qu'elle ne sera gardée qu'à condition qu'elle soit suivie par un psychiatre. Ses parents l'envoient en pension à l'école religieuse de Suffren, dans l'Etat de New York. En 1947 Niki de Saint Phalle passe son baccalauréat à la Oldfield School dans le Maryland.
A 18 ans elle décide de quitter le carcan familial et épouse Harry Mathews, un jeune, riche et beau jeune homme. Ils auront deux enfants : Laura (1951) et Philip (1955). Elle se révolte contre le rôle de femme qui lui est destiné, mais elle ne parvient pas encore à s'en détacher. Niki rêve encore d'une vie d'actrice et travaille comme mannequin pour des revues de modes telles Vogue et Harper's Bazaar et une photo d'elle parait en couverture de Life Magazine.

La conscience douloureuse qu'elle a de la contradiction entre ses aspirations à l'indépendance et sa vie quotidienne est telle qu'on doit l'hospitaliser en 1953 pour une grave crise nerveuse. Elle continuera pendant ce séjour à peindre à l'huile et sa volonté de devenir artiste l'aidera à surmonter cette crise.
Elle apprend à assumer son agressivité. D'abord de façon passive en collectionnant les pistolets, les couteaux et les instruments de boucher pour les assembler en montages. Avec ces instruments meurtriers elle menace dans son imagination tous les hommes qui pourraient constituer pour elle un obstacle émotionnel ou réel. Puis elle envoie des fléchettes sur des figures symboliques de ces hommes et tire dessus avec une arme. L'acte de tirer revêt alors pour Niki une signification de plus en plus importante, de sorte que les attributs masculins passent bientôt au second plan. Elle tire sur tous les objets possibles et imaginables qu'elle a auparavant retravaillé avec du plâtre et des couleurs pour en faire des reliefs. C'est quand elle est admise au sein du groupe des "Nouveaux Réalistes" et que la presse internationale commence à s'intéresser à ses actions de tir qu'elle comprend qu'elle a atteint son but, celui d'être une "artiste professionnelle".

En 1955 elle découvre l'architecture de Gaudi et sa manière d'utiliser des matériaux décoratifs et des objets trouvés pour animer artistiquement les surfaces. Le rêve de réaliser un jour son propre jardin de sculptures est né. C'est en 1974 lors d'un séjour à Saint Moritz pour une cure de repos qu'elle rencontre Marella Caracciolo, princesse napolitaine et épouse de Giovanni Agnelli. Les deux femmes se lient d'amitié. Après avoir vu une maquette du projet les frères de Marella sont très enthousiastes et ils mettent un terrain, situé en Toscane, à la disposition de Niki afin d’y créer son jardin de sculptures. Inauguré en 1998, le Jardin des Tarots est continuellement enrichi de nouvelles œuvres intégrées par l'artiste à l'ensemble.

En 1960 Niki et Harry se séparent et à la fin de l'année elle s'installe avec Jean Tinguely impasse Ronsin où ils partagent le même atelier. Leur vie de couple privée comme professionnelle est turbulente et ressemble bien souvent à une partie de ping-pong, dans laquelle : " on se lançait sans arrêt la balle " comme le décrivait Niki. Le fil conducteur de leur relation " Who is the monster, you or I " nous est donné par Niki en personne.

La reconnaissance de son oeuvre ne fut pas immédiate. Son monde pictural anticonformiste et direct n'est tout d'abord pas pris au sérieux. Dès 1962 pourtant, le célèbre galeriste Alexander Jolas lui donne l'occasion de présenter son travail. En 1965, elle montre à Paris ses premières Nanas de papier mâché, fil de fer et laine. Après avoir été ignorée ou méconnue, son oeuvre obtient enfin une reconnaissance générale en 1980, lors de la grande rétrospective organisée au Centre Georges Pompidou. Le public découvre alors la richesse et l'étendue de ses recherches artistiques. Niki trouve d'ardents défenseurs de son oeuvre en Hollande et en Allemagne. En 1973, malgré une opposition farouche, la ville de Hanovre lui commande la réalisation de trois nanas monumentales. L'artiste n'oublia jamais cet engagement et gratifia, en 2000, le Sprengelmuseum de Hanovre d'une importante donation. En 1980, la cité d'Ulm montre pour la première fois son œuvre graphique. Enfin sa popularité culmine en 1992, lors de l'importante exposition de Pontus Hulten à Bonn.

Elle meurt le 21 mai 2002, à San Diego en Californie, des suites d'une longue maladie. En raison de son travail avec le polyester, matériau dont on ignora longtemps la toxicité des émanations, elle souffrait d'une affection chronique des voies respiratoires.


Laissons parler Niki elle-même :  ses lettres autobiographiques.
  A Pontus Hulten - La rebelle, le droit d'exister et féminisme
  A Jean Tinguely - Qui est le monstre. Toi ou moi?
  A Pontus Hulten - Violence et cible, la mise à mort
  A Clarice - Hon : la déesse païenne, la grande mère
  A Marina - Champagne, glacier et fleurs
  A Marella - Carte n° 1, Le magicien. Jardin des tarots
  A sa mère - Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle de toutes

 

Il y a toujours des passages houleux dans une existence. La générosité qui rayonne de l'œuvre si peu doctrinaire de Niki de Saint Phalle a peut-être le pouvoir d'apaiser nos inquiétudes réelles ou fallacieuses. Pourquoi a-t-on jugé son oeuvre, sinon mineure, du moins marginale? Sans doute pour un certain nombre de raisons, en général sans grand intérêt (misogynie, indifférence, manque de curiosité, préjugés). Mais il y a probablement des raisons plus profondes. Le rationalisme scientifique aura gouverné le XXe siècle. Malgré la merveilleuse clairvoyance de Dada, malgré les incursions des surréalistes dans des domaines inaccessibles à la conscience, malgré le cubisme et malgré notre individualisme fondamental, l'exaltation du bonheur de vivre, dont Matisse se fit le chantre, n'est plus à l'ordre du jour. Or, ce bonheur nourrit toute l'œuvre de Niki de Saint Phalle, même si quelques angoisses percent çà et là. Il diffuse une lumière qui chasse les ombres flatteuses, ce qui n'est pas du goût de tout le monde.

Pontus Hulten

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Liens externes

Le jardin des tarots
Site officiel du “Jardin des Tarots”
Musée d'art moderne et d'art contemporain - Nice
Donation Niki de Saint Phalle
Musée Tinguely