Ce tableau se présente comme un conte relatant les secrets de la création des êtres. La créatrice, mi-femme mi-oiseau, conçoit les créatures, les dessine, puis les oisillons prennent vie, à la suite d'un mystérieux processus représenté par toute une série d'objets symboliques rappelant le monde des alchimistes. Avec les fenêtres s'ouvrant sur un ciel étoilé, le lieu même, fait penser à une pièce secrète en haut d'une tour. Les instruments de la création restent énigmatiques : le pinceau relié à un violon à trois cordes que la femme-oiseau porte à l'endroit du coeur, un appareil à distiller en forme d'oeuf transformant la matière stellaire en trois couleurs primaires servant à dessiner les oiseaux, un prisme étrangement triangulaire décompose en trois rayons la lumière stellaire et permet aux oiseaux dessinés de s'envoler, un coffre broyeur et deux amphores d'où un élixir coule défiant les lois de la gravité. La créatrice, une femme se rêvant oiseau, est le prolongement de l'auteur du tableau, celle qui dessine,celle qui donne vie. Confirmant cette image de l'artiste-mère et de la création conçue comme une procréation, la nature duelle de la créatrice nous parait plus clairement, ainsi que l'essence de la vie et de la création. Les créatures ressemblent à leur mère, elles sont faites de plumes de désirs de liberté et de vol. Cependant, tandis que les créatures s'envolent effectivement, la liberté de la mère, privée d'ailes, reste un rêve. Ce tableau qui commençait comme le récit d'une genèse, s'avère être une singulière célébration de l'acte créateur. Loin d'une vision romantique de l'artiste tourmenté produisant une oeuvre douloureuse, le regard posé sur la création est serein et lumineux.