Souvenirs de madame Louise-Elisabeth Vigée Lebrun

 
Baptiste-Etienne Vigée
Baptiste-Etienne Vigée
Louise-Elisabeth Vigée - daté 1773

 

 

  

NOTES ET PORTRAITS

VIGÉE.

Mon frère était un de ces hommes faits pour se voir très recherchés dans la société. Il avait un excellent ton, ayant fréquenté fort jeune la bonne compagnie, de l'esprit, de l'instruction; il faisait de très jolis vers avec une extrême facilité, et jouait la comédie mieux que beaucoup d'acteurs. Il contribuait infiniment au charme et à la gaieté de toutes nos réunions; peut-être même l'empressement que mettait le monde à le rechercher a-t-il nui à sa carrière littéraire, car nous lui prenions beaucoup de temps. Il lui en resta assez néanmoins pour se distinguer comme homme de lettres. Outre le cours de littérature qu'il fit à l'Athénée avec un grand succès, quoiqu'il succédât au cours que venait d'y faire La Harpe, Vigée a laissé un volume de poésies légères et plusieurs comédies écrites en vers, dont deux, les Aveux difficiles et l'Entrevue sont restées fort long-temps au répertoire du Théâtre-Français. Je suis même surprise qu'on ne les donne plus, surtout l'Entrevue, charmante petite pièce, que mademoiselle Contat et Molé jouaient admirablement. Mon frère, jeune encore, épousa la fille aînée de M. de Rivière, chargé d'affaires de Saxe: c'était une femme charmante, pleine de vertus et de talens, si excellente musicienne, et douée d'une si belle voix, qu'elle a chanté chez moi avec madame Todi, sans que la comparaison lui fût défavorable.

 

Extrait du livre :
Souvenirs de madame Louise-Elisabeth Vigée Lebrun
Edition : Librairie de H. Fournier - Paris 1835